Qu’est-ce que la suspension d’incrédulité ?

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Vous êtes vous déjà demandé pourquoi vous n’avez aucun mal à croire à une histoire dans laquelle des nains partent jeter un anneau maléfique dans un volcan, mais le fait qu’un certain magicien n’ait pas utilisé les fameux aigles dans cette histoire vous énerve profondément ? Probablement pas, c’est normal, vous avez une vie après tout. C’est pour ça que je suis là, pour me poser ce genre de questions à votre place et y répondre ! Sympa non ? Eh bien ce phénomène dont l’existence ne vous avait même pas traversé l’esprit a le doux nom de suspension d’incrédulité.

Globalement, pourquoi sommes nous capables de croire à un monde dans lequel la magie et les dragons existent, ou à un univers futuriste apocalyptique dans lequel la technologie défie les lois de la science ? Et pourquoi sommes nous capables de voir quand quelque chose n’est pas « logique » dans ces univers ? C’est ce à quoi je vais essayer de répondre dans cet article, alors si vous êtes intéressés par le fait de rendre une histoire crédible ou de comprendre un peu votre cerveau, continuez de lire.

Soyons clair. Le cerveau est un organe fantastique, mais les scientifiques sont à peu près d’accord pour dire qu’on n’y comprend pas grand chose. Exemple : Pendant des années, on a cru que les informations étaient stockées dans certaines zones spécifiques du cerveau (mémoire d’enfance, mémoire du langage, etc…), et que heurter ces zones abîmerait les informations retenues. Mais de nos jours, il semble qu’en fait non seulement les informations sont stockées partout dans notre cerveau mais qu’en plus on aurait un paquet de neurones parfaitement fonctionnels dans notre système digestif…

Le fait qu’on ne comprenne pas très bien cet organe va m’empêcher de vous expliquer concrètement les raisons qui nous permettent ce niveau d’adaptation à une histoire. Mais je peux quand même vous dire que si notre cerveau n’était pas aussi développé et complexe, ce serait tout bonnement impossible.

Pour faire à peu près simple, nous savons reconnaître que ce que nous voyons, lisons ou entendons ne se passe pas dans notre réalité, mais dans un monde alternatif qui n’est pas le nôtre et dont les règles sont différentes. Les histoires comme Harry Potter se déroulant dans notre monde mais avec un truc en plus sont considérées comme faisant partie d’une réalité entièrement différente. Notre cerveau le comprend, et peut donc admettre que la magie y existe.

Cependant, nous avons besoin de règles pour y croire. Il faut que les choses impossibles qui s’y passent restent réalistes dans le sens où, dans la logique créée par l’univers, les évènements soient cohérents par rapport a ce qui a été mis en place. Si la magie de votre univers prend de l’énergie proportionnellement à la tâche que produit un magicien, alors personne n’est censé pouvoir faire revenir les morts « juste comme ça ». Et si cela arrive malgré la règle que vous avez imposée, cela créé une incohérence.

Les incohérences sont les pires ennemies des auteurs et scénaristes je pense. Elles font sortir le spectateur de l’histoire. Rien n’est plus frustrant que de se dire « ce livre était bien mais cette partie n’était pas logique du tout, bon sang ! ». C’est comme tout. Une histoire va imposer une logique interne à la personne qui la découvre. Il est normal que vos lecteurs attendent que vous soyez cohérents par rapport à vous-même. Et ce n’est pas toujours simple dans le cas d’histoires complexes. Mais ça s’applique à tout. Si vous décrivez un personnage comme très attaché à la logique et terre à terre, il ne peut pas avoir le coup de foudre et se laisser aller sans se questionner, lui et sa vision du monde. Les gens ne fonctionnent pas comme ça, et cet élément peut faire sortir un lecteur d’un livre de la manière la plus frustrante possible.

Dans l’introduction de cet article, je parlais de la fameuse histoire des aigles du Seigneur des Anneaux. Pour ceux qui ne savent pas, beaucoup de fans ne comprennent pas pourquoi les héros n’ont pas utilisé les aigles géants pour se rendre dans le Mordor, ce qui leur aurait évité nombre d’embûches. Il y a plusieurs explications.

  1. Une théorie parle du fait qu’utiliser les aigles était prévu mais que cela n’a pas été fait.
  2. L’auteur ne pouvait décemment pas laisser ses héros gagner aussi facilement.
  3. Il s’agit tout bonnement d’une incohérence dans l’intrigue.

Si vous êtes auteur, gardez en tête que le lecteur laisse de côté son sens de la logique primaire (celui qui lui souffle que les dragons n’existent pas et que non on ne peut pas voyager plus vite que la lumière). Remerciez-le pour ça. Remerciez-le en tenant la promesse d’un univers cohérent par rapport à ses propres règles et sans incohérences majeures.

La suspension d’incrédulité a ses limites, cependant. Même dans un univers complètement cohérent, si cet univers est trop loufoque, manque de sérieux ou ne respecte pas certaines lois, alors il ne sera pas pris sérieusement. Ce n’est pas vraiment grave ceci dit. Qui a besoin de garder sa suspension d’incrédulité intacte en regardant un épisode de Bob l’éponge ? Personne, je crois. En revanche, même l’univers à l’air le plus niais et basique possible offre des perspectives inattendues si les règles sont claires et présentent des enjeux (je pense à toi, Mon Petit Poney).

Tant que ce que vous écrivez présente une certaine logique, je vous assure que les gens vont y croire, c’est assez magique. Un lecteur est prêt à avaler n’importe quoi tant que c’est bien présenté. Votre univers parle d’un drame complètement surréaliste à base de trahison royale et de magiciens ? Pas de problème. Vous racontez les aventures d’un phœnix qui essaye de retrouver sa famille dans un monde recouvert par les plantes ? Bien. Je vous assure qu’il est possible de faire ressentir n’importe quoi à vos lecteur tant que vous y mettez le cœur.

Le meilleur exemple que j’ai est celui du mangaka Eiichiro Oda, qui a fait pleurer sa communauté sur la « mort » d’un bateau. Son univers est loufoque et parfois complètement insensé, mais le sens du drama de l’auteur permet d’avoir une histoire tendue, avec des enjeux et des personnages attachants. Oda n’est pas devenu l’auteur du manga le plus lu du monde pour rien, son travail est de qualité dans la création d’univers et de personnages.

 

En conclusion, je vous invite à vous questionner quand vous regardez un film ou une série. Quels sont les éléments qui vont vous toucher, ou au contraire qui vont immanquablement vous faire sortir de l’histoire. Partagez dans les commentaires, dites-moi ce que vous avez pensé de l’article et diffusez sur les réseaux sociaux, c’est ce qui fait vivre le blog.

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4 réponses sur “Qu’est-ce que la suspension d’incrédulité ?”

  1. Je ne me rappel pas des aigles géants. Mais il semble évident qu’ils auraient été détecte par Sauron et détruits avant leur arrivée. Apparaissent-ils dans les romans? Et sont-ils capables de faire face aux dragons de Sauron?
    J’ai aimé cet article et j’attends le prochain avec impatience. Ça se lit vite et bien, je me suis rendus compte que j’arrivais à la fin alors que je pensais être encore au début.

    1. Bonjour !
      Pour l’histoire des aigles, il existe une théorie disant que Gandalf aurait voulu les utiliser pour se rendre au Mordor, mais comme il est mort dans les mines il n’a pas pu prévenir la compagnie. Et oui, les aigles auraient peut-être été mis en défaut par les dragons ou détruits par Sauron, mais disons que ça va toujours plus vite qu’à pieds, non ?

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