Comment éviter les erreurs en écrivant un antagoniste

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C’est bien connu, un antagoniste bien écrit, ça peut complètement voler la vedette d’une histoire (Dark Vador, Loki…). Et pour cette raison, il est important de prendre la création de ces personnages bien au sérieux, pour éviter de finir avec un méchant insipide tout juste bon à jouer correctement son rôle de menace. Si l’ennemi juré de votre héros n’est pas à la hauteur, ça s’en ressentira. Il est aussi bon de se souvenir qu’un antagoniste n’est pas quelque chose d’essentiel à une bonne histoire, mais ce n’est pas ce dont nous allons parler dans cet article.

A la base, le mot antagoniste ne désigne pas forcément quelqu’un ayant de mauvaises intentions, juste un personnage dont le but est opposé à celui du protagoniste. Il représente donc un obstacle, une épreuve. Un allié voulant protéger votre héros en l’empêchant de partir à l’aventure endosse le rôle d’antagoniste car il crée un obstacle que votre personnage principal va devoir contourner ou affronter, sinon pas d’histoire.

Le but premier d’un antagoniste est bien sûr de créer du conflit. Le conflit, pour ceux qui ne le savent pas, est la base d’une histoire. Sans conflit, il ne peut pas y avoir d’évènements à raconter. Mais pour comprendre cela, il faut garder en tête le fait que conflit n’est pas égal à combat, violence, etc. Un personnage questionnant ses choix moraux ou essayant d’avoir une vie simple dans ce monde compliqué est en conflit ; dans le premier cas avec sa conscience, dans le deuxième cas avec notre société. L’antagoniste va être la personnification du conflit et des problèmes en une seule source qu’il va falloir détruire et/ou neutraliser.

Mais donc, si l’antagoniste est essentiel dans la majorité des histoires, comment en créer un convaincant ? C’est ce qu’on va voir ici avec les erreurs les plus fréquentes que font les écrivains avec leurs méchants.

Erreur N°1 : Ne pas développer son méchant

C’est l’erreur la plus courante. Beaucoup de gens passent un temps fou à développer leur héros, au mépris du méchant qui est censé s’opposer à lui. Le résultat donne souvent un méchant caché dans l’ombre, qui tue parce qu’il n’est pas gentil mais qui ne fait rien de bien conséquent à part ça. S’il est dangereux, c’est parce qu’il est puissant (argent, influence, pouvoirs exceptionnels). La menace qu’il représente repose donc sur des éléments extérieurs, ce qui fait que la rencontre avec lui risque fort d’être décevante. En particulier si vous n’avez pas arrêté de dire à votre lecteur/à vos héros à quel point il faut le craindre, il est machiavélique, il réduira le monde en poussière…

Demandez-vous quelle est la motivation de votre antagoniste. Gardez en tête que personne ne fait une action sans être persuadé qu’il y aura au moins un minuscule point positif à cette action. C’est comme ça. Il va falloir travailler la manière dont votre antagoniste voit le monde. Qu’est-ce qui le pousse à faire ça ? Pourquoi veut-il s’opposer à vos héros ? Est-il persuadé de faire le bien ? Ou au contraire, est-ce qu’il est persuadé que tout est foutu et qu’il vaut mieux s’amuser tant qu’on le peut encore ?

Pensez aussi à lui donner une histoire, un passé. Il a eu une vie, votre méchant, à moins qu’il soit né adulte dans une cuve de clonage. Mais vous me direz, ça fait une bonne backstory, ça. Et même si c’était le cas, il a connu des gens qui l’ont influencé, il a évolué, il n’est pas apparu spontanément avec ses idées de destruction massive. Tout a une origine, à vous d’en créer une convaincante pour les actions de votre antagoniste.

Erreur N°2 : Ne pas BIEN développer son méchant

Ah ça, c’est difficile aussi. Donner du développement à son méchant pour lui trouver une motivation : Bien. Le bourrer de clichés et de backstory tragique pour créer de l’empathie : pas bien, vilain auteur. On reprend les bases. Beaucoup de méchants fades ont bien une histoire et une motivation, mais souvent ces deux éléments ont été bâclés par manque de temps, puisque l’auteur était concentré sur ses protagonistes. Donc on se retrouve avec de pauvres âmes torturées, qui ont eu une enfance malheureuse, cherchent à faire le bien en faisant le mal ou n’ont aucune empathie et tirent sur le chien parce que c’est comme ça, ils sont méchants.

Il faut que vos personnages soient humains. Même l’antagoniste. Il lui faut de la personnalité. On ne devient pas chef d’une armée de rebelles comme ça, on ne devient pas le parrain le plus influent de la mafia comme ça, on ne devient par le capitaine pirate de l’espace le plus redouté comme ça. Et par pitié, si votre antagoniste est une femme, ne basez pas tout son passé et ses expériences sur ce fait. Je sais que c’est dingue, mais un nombre juste impressionnant de méchantes sont traitées par les auteurs comme l’idée qu’ils se font des femmes, et pas comme des personnes qui se trouvent être des femmes. Une femme est bien plus que ça. C’est aussi une rebelle, une résistante, une amie, un être humain, alors tâchez de garder ça dans un coin de votre cerveau.

Je crois que pour éviter d’avoir un méchant ridicule, il y a un concept très important à garder en tête : « Peut-être que ça explique, mais ça ne justifie pas ». Pour être plus claire, imaginez que, enfant, votre méchant ait vu ses parents mourir, tués dans la guerre contre un autre pays. Adulte, les deux pays sont en paix, mais le traumatisme pousse votre méchant à vouloir anéantir l’autre pays. Dans ce cas, son passé explique ses agissements, puisqu’il veut se venger de la mort de ses parents, mais ne les justifie en rien. Il n’est pas excusable d’avoir tenté un génocide juste parce que « il a été traumatisé ». Pareil avec un malade mental qui tue des gens. Sa maladie explique son comportement de tueur compulsif, mais ne l’excuse pas. Il doit toujours aller en prison, si possible avec une sérieuse aide psychiatrique.

Erreur N°3 : Ne pas donner de but à son méchant

Ah ça aussi c’est tordu. Votre méchant existe, il a de la substance, une histoire, il est très bien construit et cohérent ! Alors pourquoi ça ne marche pas ? Ben parce que personne, y compris vous et lui, ne sait pourquoi il est aussi méchant. Il a peut-être eu un passé traumatique, ou alors il s’est juste cogné le petit orteil dans sa commode le matin et a décidé d’exterminer toutes les commodes, on ne sait pas. Si le but de votre méchant est inexistant, alors l’intérêt qu’on va lui porter l’est aussi  d’après moi. Sérieusement. La motivation d’un méchant peut être un peu n’importe quoi, tant que c’est cohérent dans l’histoire.

Demandez-vous pourquoi il agit comme ça. Est-ce par vengeance ? Haine ? Désespoir ? Ou au contraire par amour ? Les sentiments les plus forts sont aussi ceux qui donnent le plus de détermination. Comme je le disais plus haut, en d’autres termes, on ne devient pas un génie du mal comme ça, par hobby. Même si pour une comédie, ça peut marcher, comme avec l’exemple de la commode.

Il FAUT que votre méchant ait un but. C’est essentiel. C’est même plus important que le reste, si vous devez choisir. Et il faut nommer ce but. Vous pouvez très bien garder ce but dans l’ombre pour créer du suspens et terrifier vos lecteurs quand ils apprendront ce qu’il se passe réellement. Mais il faut le révéler à un moment, si possible en évitant le pétard mouillé. Rien n’est pire que de lire une série ultra longue pour découvrir à la toute fin que l’élément de scénario qu’on nous a montré comme hyper important est en fait un truc trouvé à la dernière minute par l’auteur.

Erreur N°4 : Oublier qu’un antagoniste n’est pas forcément un méchant

Eh oui. C’est bête dit comme ça. Mais tous les obstacles que rencontrera votre héros font office d’antagonistes. Les sbires, les ennemis, les espions, c’est normal. Sauf qu’un allié déterminé à protéger le héros en l’empêchant de réaliser sa quête, quelqu’un de gentil qui a été manipulé, un rival ayant le même but mais souhaitant y arriver avant, ou même une créature neutre se défendant sont autant d’antagonistes qu’il faudra affronter ou contourner.

Pensez à utiliser les alliés de votre héros comme obstacles de temps à autres, croyez moi c’est efficace. Vous avez forcément vu des films/livres où un héros est manipulé par le méchant et attaque votre protagoniste. Et vous avez probablement hurlé sur ce héros pour qu’il ouvre les yeux. Parce qu’un protagoniste ne fera pas de mal à un allié, sauf s’il est obligé, et ce genre de situation le mettra dans un choix cornélien. Les lecteurs détestent ça, mais les auteurs sadiques savent que c’est un bon moyen d’amener les gens à continuer la lecture. Hé hé.

Juste, pour ce point, il me faut vous donner un conseil. Ne faites pas ça à tout va. Sinon, ça devient juste horriblement énervant. Surtout si l’obstacle causé par votre héros, c’est juste le héros en question qui psychote dans son coin et empêche le protagoniste de faire son travail. Vous voulez qu’on déteste votre méchant, pas vos personnages principaux.

Erreur N°5 : Penser que le héros est plus important

Soyons clairs, un très grand nombre d’écrivains pensent ça. Si pour vous, votre antagoniste n’est là que pour que votre héros puisse faire des trucs héroïques, vous allez droit dans le mur. Non, un antagoniste est la raison N°1 pour laquelle il y a une histoire. Sans lui, vous n’avez pas de raison pour votre héros de partir à l’aventure. C’est le méchant qui rythme tout, qui change la vie de vos protagonistes, qui les fait se battre.

Alors commencez par travailler votre méchant dès que vous avez une idée pour votre roman, c’est un des point les plus importants. Et si vous êtes ici parce que vous galérez à intégrer votre antagoniste à votre scénario, voici mon conseil : Posez vous deux minutes et revoyez tout du point de vue du méchant. Ensuite, retravaillez à partir de ça. Vous éviterez les actions stupides ou incohérentes qui ne sont là que pour servir votre histoire, prouvant que votre antagoniste était moins un personnage qu’une ficelle scénaristique.

Chouchoutez votre méchant. Prenez soin de lui comme il faut. Les gens devront le détester, mais il devront le détester positivement. Ils ne devront pas crisser de rage à chaque action qu’il commet, ils doivent être angoissés pour vos héros, et c’est de là que doit venir la haine envers votre antagoniste. Pas de ses actions directes mais de leurs conséquences.

 

Bon, sur ce je vous laisse avec cet article. Vu le nombre de jeunes auteurs qui font des erreurs facilement évitables avec leurs antagonistes, j’avais l’impression que cet article était une nécessité. En espérant que ça vous aura aidés.

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2 réponses sur “Comment éviter les erreurs en écrivant un antagoniste”

  1. Comme quoi les antagonistes ça peut être un peu tout et n’importe quoi, l’important c’est de les traiter comme des personnages à part entière et de bien les chouchouter parce que ce sont aussi, au moins à un moment où un autre des personnages principaux de part leur rôles.

    Voici ce que j’ai retenu pour cette fois ! Et d’ailleurs il serait grand temps que je m’attaque à mon antagoniste à moi parce qu’il y a du boulot.

    À la semaine prochaine !

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