Chronique : Peggy Sue et les fantômes (avec spoil)

285 pages

Résumé : Ce livre raconte l’histoire d’une jeune fille de 14 ans, Peggy Sue Fairway, qui est capable de voir des créatures fantomatiques appelées les Invisibles. Le récit se concentre sur ses difficultés à se faire comprendre et sur le danger que représentent les Invisibles, qui aiment faire de dangereuses farces aux humains aux dépends de Peggy Sue, la seule capable de se rendre compte de ce qui se passe réellement…

J’ai vraiment pensé, en commençant la lecture et jusqu’au premier quart du roman, avoir choisi quelque chose de destiné à un public trop jeune. Pas à cause du thème de l’héroïne de 14 ans face aux adultes qui ne veulent pas l’écouter, mais vraiment parce que j’avais peur que ça soit trop simpliste. Les évènements se produisaient sans que Peggy Sue y puisse quelque chose, et cela m’a inquiétée. Heureusement, Serge Brussolo est loin d’être un guignol ou un débutant et il a su faire tourner le récit sous un bien meilleur jour.

Cette fois, je vais faire à l’inverse de la première chronique, en commençant par les points que je n’ai pas aimés. Et oui il y aura du spoil, vous êtes prévenus. Je suis obligée pour parler correctement de ce livre d’en révéler l’intrigue, car l’histoire progresse et présente des éléments nouveaux tout du long.

 

La première chose qui m’a déplu est dans l’injustice décrite par le livre, et l’absence totale d’apprentissage que présentent certains personnages. Peggy Sue est seule au monde, seule à voir les Invisibles et les horribles blagues qu’ils commettent, et tout le monde la pense folle. Elle passe le livre à avertir les gens de ce qu’il va se passer, et même vers la fin quand elle annonce une nouvelle catastrophe, personne ne la croit. Personne à part sa meilleure amie, que tout le monde pense débile. Donc, évidemment, tout le monde se fait avoir. La règle c’est que les adultes ne croient pas les enfants, parce que ce sont des enfants, et les garçons ne croient pas les filles, parce que ce sont des filles. Je sais que c’est destiné aux enfants, mais j’ai trouvé ça trop fataliste. Il se passe des choses impossibles et tout le monde le sait, et pourtant rien ne change. J’ai trouvé ça frustrant.

Ensuite, les personnages. Certains sont vraiment trop clichés, mais l’ensemble reste plutôt équilibré vu le casting. Je pense vraiment que le but était en partie de faciliter le travail de compréhension aux enfants, mais j’aurais aimé plus de subtilité parfois. La propre soeur de Peggy Sue ne la croie jamais, lui reproche tout, est une peste… Et pourtant, comme Peggy est considérée comme folle, leur mère n’intervient presque jamais, même quand il devient évident que se disputer est la pire chose à faire. Je sais que l’éditeur avait reproché à Serge Brussolo que la famille de Peggy Sue était trop antipathique, mais pour moi le problème n’est pas là. Rien n’empêche la mère et la soeur de Peggy d’être méfiantes envers elle, voire de ne pas l’aimer, mais ce n’était pas une raison pour se retrouver avec des personnages-blocs impossibles à bouger. Le prof de maths fait une belle exception, ceci dit, bien que cela ne soit visible qu’à la fin du roman.

Pour en finir avec les hostilités, je pense n’avoir pas beaucoup apprécié les antagonistes principaux, qui donnent leur nom à la série, j’ai nommé les Invisibles ! Basiquement, il s’agit de créatures fantomatiques, extrêmement fortes physiquement mais capables de traverser la matière, et qui peuvent se changer en à peu près n’importe quoi puisqu’ils n’ont pas vraiment de forme. Ils sont appelés Invisibles car normalement, personne ne peut les voir, seule Peggy Sue en a le pouvoir. Pourquoi je ne les aime pas ? Je les trouve un peu illogiques et trop simples. Je m’explique. Le seul de but de ces créatures dans la vie est de créer des espèces puis de s’en servir pour se divertir au moyens de blagues douteuses souvent dangereuses. Et en ça, elles représentent un point faible de l’histoire. Les Invisibles ont beau être limités par un sort protégeant Peggy Sue, rien ne les empêche de faire s’écrouler quelque chose sur elle ou de guider quelqu’un pour la tuer. De plus, ils justifient tous leurs actes par le fait de vouloir s’amuser. Ce qui fait que tout est excusable, même d’épargner la seule personne capable de leur faire du mal. J’ai trouvé ça un peu léger comme motivation, mais je n’ai lu que le tome 1, peut-être que ça gagne en profondeur par la suite. A voir.

 

Passons aux points positifs maintenant ! Malgré ce que j’ai pu développer dans la partie précédente, il y a beaucoup de choses que j’ai appréciées.

Le cadre, déjà. L’histoire se plante dans un huis clos très stressant, où la ville est enfermée par la forêt alentours et que les habitants n’ont aucun moyen de traverser. Tous les personnages se retrouvent plongés dans ce piège créé par les Invisibles, personne ne sait comment s’en sortir et chacun doit faire de son mieux pour survivre. L’ambiance m’a juste hallucinée par moments, on sent un vent de folie et de terreur prendre les personnages, il y a des passages vraiment terrifiants ou oppressants, et sans la chance parfois Peggy Sue ne s’en serait pas sortie. Ce qui était au départ une petite ville perdue et banale se retrouve transformé en prison bleue aux lueurs surréelles où les habitants ne sortent que la nuit, et ça donne un sacré coup de pouce pour désorienter le lecteur.

Les personnages maintenant. Je l’ai dit, pas mal m’ont semblé trop simplistes ou caricaturaux, mais il y en a quand même qui peuvent être remarqués. A commencer par Peggy Sue qui, à mon avis, est juste le personnage le plus recherché, le plus sensé, le plus ancré dans sa réalité. Alors que tout le monde perd pied et devient à moitié dingue, elle s’accroche à ce qu’elle sait et ne perd pas de vue qu’elle doit trouver un moyen de s’en sortir. Elle reste pourtant humaine, et son jeune âge la rattrape parfois. Cela la rend attachante et forte. Je note aussi la présence du chien bleu, qui en réalité s’appelle Stuart Wisdom Carruthers (mais on va l’appeler le chien bleu), car il offre une dimension particulièrement intéressante au statut d’antagoniste. Bien qu’ennemi au début, il communique et ne cherche pas à tuer tout le monde, loin de là. Il a aussi un côté à la fois ridicule et empathique car en tant que chien intelligent, il cherche à ressembler aux hommes. Cela m’aide à m’identifier à lui, personnellement.

Pour finir, j’ai vraiment aimé l’histoire. Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler, pas de mystère à découvrir ; en revanche il se passe beaucoup de choses éprouvantes pour les personnages et les voir essayer de s’en sortir est suffisamment prenant. De nouveaux éléments arrivent vraiment tout au long de l’histoire, il n’y a pas de « déclic » où tout devient clair et où il ne reste qu’à se battre pour le climax. Tout se règle dans les dernières pages, et je n’ai pas eu l’impression que quoi que ce soit était oublié. Le livre n’a pas réellement besoin de suite mais quelques détails (je pense à toi, la fée) méritent d’être développés dans un tome 2.

 

En conclusion, je dirais que ce livre est très bien pour tout âge à cause de sa simplicité pour certains points et de sa maturité pour d’autre. Si vous voulez le lire, ce que je conseille, préparez vous à devoir passer outre quelques détails qui peuvent être frustrants. Il y a tout de même des éléments très adultes, car l’auteur refusait que son livre soit « gnan-gnan ».

J’ai terminé la lecture en deux jours, avec un total de deux heures et 53 minutes.

N’hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé du livre si vous l’avez lu, et à confronter votre avis au mien. Partagez l’article aussi, ça fait plaisir. Et commentez, que je sache ce que vous avez pensé de la critique, que vous ayez lu le livre ou non.

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Une pensée sur “Chronique : Peggy Sue et les fantômes (avec spoil)”

  1. Pour le prochain article, je vote pour l’importance d’un « coin-écriture.
    Et bravo pour cet article, qui me donne envie de lire ce livre, malgré mon âge avancé !

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